La chanson est-elle un art mineur ou majeur ?

Art mineurs

Avant toute chose, on peut se demander si cette question peut avoir une réponse objective.

En effet, pourquoi vouloir hiérarchiser l’art, pourquoi vouloir comparer les disciplines artistiques ?

C’est comme si je vous disais que vous ne pouvez pas être triste car une autre personne dans le monde a le droit d’être plus triste que vous à cause de son passé ou de son présent. C’est pourquoi, faire une hiérarchisation de la tristesse n’a pas de sens. Chacun a le droit d’être triste, à l’instant T, selon ce qu’il vit, ses référents culturels, familiaux, etc.

La chanson est-elle un art mineur ou majeur ? Voyons ensemble pourquoi cette question n’a, selon moi, pas de sens :

L’art procure une émotion

Emotions heureux triste

En effet, à l’instar de la tristesse, il n’y a pas à faire de hiérarchie dans l’art car l’art est avant tout une histoire d’émotions et l’émotion, malgré la tentative de l’objectiver, reste une notion subjective. Une personne sera émue par telle ou telle chanson, par tel ou tel tableau alors qu’une autre y sera insensible. A cet égard, parler d’art majeur ou mineur n’a pas de sens. L’art, ou dirais-je pour préciser, la création, procure avant tout une émotion. La chanson, n’échappe pas à ce principe. Elle la procure à la personne qui la crée et trouvera sans doute au moins une autre personne pour la susciter.

La chanson est-elle un art mineur ou majeur? Point de vue historique

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D’un point de vue historique, la classification des arts a toujours connu des divergences. D’ailleurs, la liste des arts « reconnus », au nombre de dix aujourd’hui, ne fait qu’augmenter en fonction de l’évolution des activités humaines :

  1. l’architecture ;
  2. la sculpture ;
  3. les arts visuels, qui regroupent la peinture et le dessin ;
  4. la musique ;
  5. la littérature, qui regroupe la poésie, les romans et tout ce qui se rattache à l’écriture ;
  6. les arts de la scène, qui regroupent la danse, le théâtre, le mime et le cirque ;
  7. le cinéma (dans lequel on inclut de manière générale le long métrage et le court métrage, mais aussi d’autres œuvres audiovisuelles comme les séries télévisées et téléfilms dont les exigences dans la mise en scène et le scénario se rapprochent de celles du cinéma au sens strict) ;
  8. les arts médiatiques, qui regroupent la radio, la télévision et la photographie ;
  9. la bande dessinée ;
  10. les jeux vidéo et le multimédia.

L’être humain a besoin d’étiqueter, de classer, cela le rassure. Il faut, cependant, être conscient que cela relève encore d’un choix subjectif.

Serge Gainsbourg, le provocateur

Duel Clash

Serge Gainsbourg, ou plutôt Gainsbarre, lors du célèbre clash qui l’oppose à Guy Béart, soutient que la chanson est un art mineur.

Cela se produit sur le plateau de l’émission Apostrophe, de Bernard Pivot, le 26 décembre 1986.

Personnellement, je suis plutôt de l’avis de Guy Béart qui estime qu’il n’y a pas d’art mineur. Je pense que pour lui, la chanson est d’une importance capitale dès l’instant ou celle-ci a de l’importance pour celui qui la crée et celui qui la reçoit.

Serge Gainsbourg, lors de cette émission, émet son avis personnel, donc subjectif.

Est-il frustré de ne pas avoir continué la peinture? A-t-il eu envie d’en découdre sous l’effet de l’alcool? Est-ce un coup médiatique? Serge a-t-il des remords d’avoir repris des airs de musique classique pour faire certaines de ces chansons? Se cache-t-il derrière sa fainéantise ou une incompétence? Est-il simplement orgueilleux, triste et méchant ce jour-là?

Moi je n’ai pas d’idée, j’ai des associations de mots, comme les surréalistes ; carence d’idée. Ca cache un vide absolu, je suis sous vide. Je serai fusillé d’une balle rouillée et mourrai du tétanos.

Serge Gainsbourg

J’aime la grande musique. Moi je fais de la petite musique. De la musiquette. Un art mineur. Donc, j’emprunte.

Serge Gainsbourg

Voici quelques-unes de ses chansons inspirées du répertoire classique :

  1. Poupée de cire, poupée de son / Sonate pour piano n°1 de Beethoven ;
  2. Charlotte for Ever / Andantino d’Aram Khatchatourian ;
  3. Lemon Incest / Etude n°3, op.10 de Chopin ;
  4. Initials B.B. / Symphonie n°9, 1er mouvement de Dvorak ;
  5. Ma Lou Marilou / Sonate pour piano n°23, op.57 de Beethoven ;
  6. Requiem pour un con / symphonie n°9, quatrième mouvement de Dvorak.

Lors de cette même émission, Serge Gainsbourg commet un péché d’orgueil en disant que seules certaines de ses chansons ont frôlé l’art majeur, frôlé Rimbaud. C’est pourquoi, je pencherais vers la théorie de l’orgueilleux, triste et méchant en sachant qu’il a été contemporain de grands maitres de la chanson tels que Brassens, Léo Féré, Jacques Brel et Barbara.

A cet égard, j’aime et suis assez aligné avec le titre et les paroles de « Provocateur » d’Isolde Lasoen concernant, entre autres, Serge Gainsbourg.

Initiation par les maîtres

Jeu d'échecs - maître - élève

Pour Serge Gainsbourg, l’art est majeur si pour l’exercer l’artiste a été initié par un maître, si l’apprentissage pour le maîtriser a été long comme pour la peinture, l’architecture, la poésie ou la musique classique.

Je pense qu’un auteur est inspiré par des maitres qui lui ont procuré une émotion à travers leurs chansons. Il peut aussi avoir été initié par certains lors de rencontres, stages ou ateliers d’écriture, par exemple. Il va d’abord s’en inspirer pour s’en détacher petit à petit et trouver sa vérité, transcender ce qui a existé avant lui pour livrer au monde son unicité.

Pour ma part, et ce depuis mes 15 ans, je suis encore en train d’apprendre pour savoir comment écrire une chanson, pour aller vers le plus de sincérité possible. J’ai d’abord fait les choses de manière plus ou moins inconsciente, puis j’ai imité certains grands de la chanson, puis j’ai essayé de plaire et maintenant j’essaie de faire ce que j’aimerais écouter.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Pensez-vous que la chanson et un art majeur ou mineur ? Pensez-vous que Serge Gainsbourg avait raison ?

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5 thoughts on “La chanson est-elle un art mineur ou majeur ?

  1. Samuel Delage says:

    Je suis assez favorable à l’art majeur. On est souvent inspiré par des maîtres capables de communiquer des émotions.

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    1. Guillaume de Lophem says:

      Hello Samuel. Merci pour ton commentaire. Tout à fait d’accord avec toi au sujet des émotions. Si je comprends bien la première partie de ton commentaire, tu fais une distinction entre art majeur et mineur et favorise l’art majeur?

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  2. Cardinael says:

    Personnellement je trouve que Serge Gainsbourg a réussi à améliorer Dvorak, c’est un faussaire de génie. Si on parle de parcours, oui je pense que quelque part, il n’a pas tord. J’estime qu’il existe une différence entre les influences (d’un artiste quelconque ) et le suivi, la formation et l’héritage réel d’un maître à son disciple. Mais le résultat du parcours, ce que j’entends en tant qu’ auditeur, ne varie pas en fonction du cheminement de l’artiste. Je ne me soucie guère de l’influence ou de l’initiation de l’artiste. Ce morceau me touche et je considère que le reste est pour ma part de l’ordre de la cuisine interne. Maintenant je comprends l’analyse de ces notions sur methodechanson.com.

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    1. Guillaume de Lophem says:

      Hello Cardinael, merci pour ce commentaire. Je trouve également que Gainsbourg a du génie, à sa manière. J’aime écouter ses titres de « faussaire ». Je pense aussi qu’il faut une initiation et qu’il faut pousser l’apprentissage en profondeur pour pouvoir transcender la technique et comme je le disais dans l’article, la chanson n’échappe pas, selon moi, a cette règle. Tous le grands ont galéré avant de sortir des chansons abouties. Brel, Brassens et Barbara n’auraient peut-etre pas été là si Charles Trenet ne les avait pas précédé. Mais là n’est pas la question de l’article 😉

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