Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

Pour m’aider à répondre à la question « Comment fonctionnent un booker et un label », j’ai réalisé l’interview de Pierre Van Braekel, manager chez NADA booking et co-fondateur des labels 62 TV et 30 Février.

Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem

Interview

M.C.- Comment es-tu devenu booker et fondateur de labels ? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

Les débuts de NADA booking

P.V.B. – Au départ, il y a longtemps, j’étais musicien. Je jouais des claviers. J’aimais bien l’orgue et le piano.

Puis j’ai commencé à gérer la communication et les relations extérieures du groupe dans lequel j’étais. Un jour, je suis allé à Paris avec les bandes de notre album. New Rose, un label indépendant spécialisé dans le rock, le punk et les musiques alternatives nous a proposé de signer chez eux.

Il m’a demandé ce que je voulais signer et moi je ne savais pas.

Je suis rentré en Belgique et j’ai dit :  » Les gars, vous êtes contents ? J’ai une proposition de signature.  » Mais, je n’avais rien compris à ce que le mec m’avait dit, mais rien.

Pareil pour le concerts, je cherchais un peu plus de dates que les autres parce que j’aimais bien ça. Quand je trouvais un concert, on négociait sur le coin d’un table en disant :  » Tiens, on pourrait venir jouer chez toi pour quatre mille francs ( cent euros ) ? « 

A un moment donné, on m’a signalé, notamment New Rose, qu’il fallait une personnalité juridique pour payer. On a alors créé une asbl parce qu’on trouvait que c’était mieux. On voulait tout partager. Je l’ai appelé Nada. Elle a continué quand le groupe s’est arrêté.

Nada Booking - Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem

J’ai alors continué à faire ce genre de job pour d’autres artistes. Des petits, des moyens puis des plus grands.

Tu tapes dans la main

Quelques années plus tard, quand Nada était installé dans le booking, on m’a proposé le booking d’un groupe qui s’appelait dEUS. J’ai donc été responsable de la programmation belge francophone de ce groupe en partenariat avec leur manager, qui l’est encore aujourd’hui.

Le truc c’est qu’on a fait un petit concerts, deux petits concerts, une dizaine de gros concerts, de plus gros concerts, puis on est passé du Witloof Bar du Botanique à tête d’affiche de Dour.

A l’époque c’était Rock Werchter qui s’occupait du booking pour la Flandre et Nada pour la Wallonie.

A un moment donné, le manager m’a dit :  » Les anglais, le bookeur international, veulent un partenaire unique pour la Belgique. Je ne peux pas tenir plus longtemps. C’est donc Rock Werchter qui va tout faire « . Je me suis juste dis, en dehors duc côté moral et du côté c’est pas juste, blablabla, que j’avais un problème de business model.

On ne signe rien en booking. Donc quand tu tapes dans la main en disant :  » Je suis le représentant de tel artiste pour tel pays « , bin, tu as tapé dans la main. Tu as partagé un bière ou vous vous êtes regardés dans les yeux en vous disant ok c’est fait.

On a donc un problème car si tu développes, tu travailles beaucoup et quand les choses pourraient éventuellement prendre une tournure plus importante, avec plus de succès, ce qui pourrait te permettre d’investir dans d’autres projets et bien tu ne peux pas car on va te couper l’herbe sous le pied. On va te dire qu’il y a des structures qui ont des connections internationales.

Je me suis demandé ce que je devais faire.

Les labels

Je me suis dit :  » Si je comprends bien, pour la scène on ne signe pas de contrat de représentation mais bien pour un disque. « 

J’ai un peu approfondi les choses et on a créé, avec Philippe Decoster, le label 62 TV. C’est aussi avec lui que j’ai créé Nada.

Philippe Decoster

On a eu du bol car les deux premières signatures que l’on a fait ont été des succès dès la sortie de leurs premiers singles. C’était Mad Dog Loose et PPz30.

En ce qui concerne le deuxième label, le français m’a toujours intéressé car je suis philologue et prof de français au départ.

J’avais envie de me sentir plus proche au niveau management, au niveau de la critique constructive des textes, des artistes.

Quelques années plus tard, on a donc créé le label 30 février.

Label 30 Février - Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem

On a eu à nouveau de la chance car le premier artiste que l’on a signé était Saule.

M.C. – Quelle est la connexion entre Nada booking, 62 TV, 30 février et [PIAS] ?

P.V.B. – Avec le label 62 TV on était entrés en connexion et dans l’actionnariat d’une société qui s’appelait Bang avec lesquels on est toujours copains.

62 TV - Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem

Ils distribuaient beaucoup de labels français indépendants.

La distribution, c’est de l’importation de boites en plastique, en gros, avec un âme.

Je me suis dit :  » C’est bien aussi de travailler avec des artistes de chez nous « . C’est déjà ce que l’on faisait avec 62 TV.

On est donc devenu actionnaires de Bang avec l’idée de développer un catalogue local en production, en contrat d’artiste. C’est à dire en investissant 100% des investissements artistiques.

PIAS était un projet européen et Bang était un projet belge. PIAS a racheté Bang et donc aussi 62 TV.

On s’est retrouvés en tant qu’actionnaires minoritaires mais avec une bonne énergie entre PIAS et nous. Nous étions les manager du label. C’est à dire que l’on décidait de tout et ils nous laissent encore décider de tout aujourd’hui aussi.

PIAS - Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem

M.C. – Qu’est-ce qu’un booker ? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

P.V.B. – Un booker c’est quelqu’un qui représente sur un territoire donné, un catalogue d’artistes, un projet artistique. Il reçoit le mandat de producteur de spectacles d’un artiste de le représenter.

Par exemple, on a rencontré Julien Doré à un concert de Sharko, car il en était fan. On a sympathisé et on est devenus les représentants de Julien Doré pour la Belgique en accord avec Auguri qui le représentait en France à l’époque.

Comme on représente dEUS pour la Wallonie, car ils sont de Flandre.

Un booker vend ou il produit.

Au début, quand un artiste n’est pas connu il faut connaître les réseaux et où il serait bon pour lui de jouer. De dire, par exemple, qu’il serait génial si l’artiste pouvait jouer à la Rotonde du Botanique.

Pour y arriver, on va essayer de rester crédible avec les différents prestataires extérieurs tels que le Botanique, la troupe de scouts de Tubize, les Francofolies de Spa, le Centre Culturel de Mons, etc.

On essaie d’arriver avec des propositions dans lesquelles chacun va s’y retrouver. L’organisateur va se dire :  » il ne m’a pas vendu un artiste trop cher et j’ai pu retrouver mon investissement « . L’inverse aussi :  » Mince, il m’a vendu l’artiste mille euros et il y avait quatre mille personnes dans la salle, je me suis fait avoir « . C’est l’aspect économique mais il y a aussi l’aspect développement :  » On va aller d’ici à là, donc il faut passer par-là, etc. « 

Ca c’est le rôle du booker. L’agence de booking peut aussi, à un moment donné, produire des concerts.

Les deux moments de production ce concert

Il y a deux moments de productions de concert, je pense :

  1. Tu ne trouves pas d’endroit de concert au débuts de la carrière de l’artiste mais tu crois vraiment en son projet et tu décides d’investir en lui. Par exemple, tu aimerais que l’artiste puisse jouer à la Rotonde au Botanique mais le Botanique ne veut pas. Ceci pour des raisons éminemment respectables; ils n’ont pas le temps, ils n’ont pas la salle ou ils n’ont pas envie. Tu fais alors toi-même ta petite production. On peut donc organiser ce concert n’importe où dès le moment où on prend l’engagement de devenir l’organisateur. On s’auto-vend le spectacle de l’artiste.
  2. En toute fin de chaîne, quand tout d’un coup un artiste fait des concerts de deux, trois, quatre, dix mille personnes en Belgique, le booker va produire le concert. Ce sera économiquement plus intéressant. A son producteur français, par exemple, tu envoies un costing ( l’ensemble des frais pour produire un concert ) avec un minimum garanti. C’est à dire qu’on dit :  » On va faire Forest National et je vais t’offrir en minimum garanti de x milliers d’euros « . Si tu te plantes, c’est pour ta pomme et si cela fonctionne, tu touches entre dix et vingt pour cent des bénéfices du concert. Les quatre vingt pour cent restants représentent le minimum garanti que l’artiste avait. Il touchera en plus le solde au-delà de ce minimum garanti.

Le booker c’est ça :  » Je vends à d’autres, un artiste, sur un territoire. Je le produit en début, en fin de carrière ou tout le temps « .

Le booker est l’intermédiaire entre le producteur du spectacle et l’organisateur. Si on est l’organisateur, on est l’intermédiaire entre la salle de spectacle et nous-mêmes.

La rémunération

M.C. – La rémunération d’un booker est généralement de quinze pour cent ?

P.V.B. – Oui c’est généralement quinze. Si tu vends un artiste pour deux cent euros, tu as quarante-cinq euros, ce qui n’est pas beaucoup. Par contre, quand tu vends un artiste vingt mille euros, tout d’un coup tu as trois mille euros. Quand tu as des montants plus élevés comme celui-là, cela peut devenir dix pour cent. Pour des têtes d’affiche dans des grands festivals, c’est dix pour cent.

Il n’y pas une règle, ce n’est pas établi par une loi. C’est une pratique commune. Cela peut être moins aussi, tout cela résulte d’un accord commercial.

M.C. – Y a-t-il un booker différent pour chaque pays ?

P.V.B. – Un booker importe un concert d’un pays étranger. Il peut être également manager, comme je le suis de Girls in Hawaï depuis leur première démo et exporter leur projet à l’international.

Nada est le manager de Girls in Hawaï et je suis la personne de Nada qui fait ce travail au quotidien. Le manager va tenter de développer, par tous les moyens possibles, la carrière de l’artiste. Notamment sur scène, à l’international.

Cela vient avec la confiance, basée sur le boulot au quotidien.

Pour gérer les transaction, les négociations financières pour les concerts d’un artiste belge, cela va se passer entre trois structures. Pour Girls in Hawaï, par exemple, ce sera leur asbl, Goldo, la Smart ( qui est un exemple de secrétariat social ) et Nada.

En France cela fonctionne différemment. Il y a une agence qui est une structure rassemblant les trois entités citées précédemment.

M.C. – A partir de quel moment un artiste a-t-il besoin d’un booker ?

P.V.B. – Un artiste doit se faire désirer, tenter de séduire les structures pour se développer.

Où alors on se dit quand on découvre un artiste que c’est extraordinairement nouveau, décalé ou que commercialement le projet va remplir directement des grandes salles et qu’on a envie d’en être. L’artiste doit être artistiquement ou commercialement intéressant, ou les deux.

Pour ce faire il peut dire  » Si vous me signez, vous allez vite voir que j’ai déjà une fan base importante. j’ai déjà rempli deux fois une salle de concerts successifs de trois cents personnes à Bruxelles. Ce que je souhaite maintenant, c’est une structure qui m’aide et que je ne doive pas passer mon temps à développer mon projet « . Ou artistiquement il peut dire  » Ce projet est génial. Pour le moment, ce n’est pas encore rentable mais j’y crois à fond et j’ai tellement envie de le faire « .

Certaines personnes sont très vite prêtes artistiquement. D’autres, prennent des années à trouver leur originalité artistique, pour mille et une raisons.

Il y en a qui développent leur carrière en autonomie et qui à en moment donné disent :  » Voilà, je vous informe que j’ai fait l’Orangerie du Botanique complet, tout seul, sans demander de l’aide d’un service de booking mais maintenant j’ai envie de passer à un stade supérieur, essayer d’autres pays européens. Donc, en Belgique, je n’ai plus envie de gérer ça et je vous le délègue « .

Tout est possible.

M.C. – Le booker va-t-il uniquement travailler pour programmer un projet uniquement dans des festivals et des grandes salles ou va-t-il aussi le faire pour de cafés théâtres ou autres petites structures ?

P.V.B. – On fait tout. Le mot clé pour nous c’est développer et quand on aime un artiste, on aimerait, évidement, qu’il soit tout de suite dans des grandes salles mais on est capables d’attendre pendant longtemps. Notre rôle est aussi de former des organisateurs. On peut passer énormément de temps avec les scouts de Tubize, par exemple et qui ont envie de faire un concert. On va leur expliquer plein de choses pour qu’ils puissent accueillir tel groupe à huit cent euros, desquels on va prendre quinze pour cent, donc cent vingt euros.

C’est un investissement que l’on fait par envie, par plaisir et parce que c’est notre métier de développer.

Ceux qui valent vingt mille euros sont passés par huit cent euros. Par contre, tous ceux qui font huit cent euros, ne passent pas à vingt mille euros.

Montant minimum

M.C. – Y a-t-il un montant minimum pour que ce soit intéressant pour vous de booker un artiste ?

P.V.B. – Il n’y a pas de montant minimum. J’ai toujours pensé qu’un artiste ne devrait pas payer pour jouer. Sauf si l’artiste est payé deux cent cinquante euros pour jouer en première partie d’un groupe connu, devant cinq cent personnes. Il devra payer son ingénieur du son et l’un ou l’autre musicien avec ces deux cent euros. Il sera donc peut-être amené à payer un partie de sa poche mais il aura augmenté sa visibilité.

C’est la force de quelqu’un qui joue seul sur scène et le handicap de celui qui va jouer avec un super bassiste, par exemple, qu’il devra payer minimum cent à cent cinquante euros par concert.

Les deux options

Il n’y a donc pas de minimum de cachet, tout comme il n’y a pas de maximum. Mais je pense qu’il faut réfléchir à son projet. Veux-t-on être entourés de pleins de supers musiciens avec un projet plus étoffé, plus complexe et de faire une date tous les siècles ou est-ce que je veux le faire moi-même en apprenant vraiment la guitare et un copain qui est un touche à tout en musique électronique et de proposer à deux un projet artistiquement vraiment intéressant ?

Moi, je prends l’option deux tout de suite.

Selon moi, il faut faire grandir un projet petit à petit, selon les moyens dont on dispose. Il ne faut pas demander des moyens en plus mais le faire. Si la proposition artistique intéresse des gens c’est vite validé ou sanctionné. S’il n’y a personne dans la salle, c’est qu’il y a un problème quelque part et qu’il faut y remédier. Le problème peut être multiple; je n’ai pas une bonne image, je ne passe pas bien à la radio, je ne connais pas les textes de mes chansons, etc.

M.C. – Combien de bookers y a-t-il en belgique francophone ?

P.V.B. – Je ne sais pas. Il faudrait aller voir sur court-circuit qui répertorie cela.

Court-Circuit - Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem

MC – Quel est le service garanti par un booker ?

P.V.B. – Il n’y a jamais de garantie. On ne peut pas garantir à un artiste que grâce à nous il fera cinquante concerts cette année.

Tout peut être chamboulé dans une année COVID-19 ou si on s’aperçoit que le projet a du mal à passer en radio par exemple.

Dans le sens contraire aussi. L’artiste qui ne prend pas tout de suite peut être soudain relayé sur les playlists de plateformes audio telles que Deezer et Spotify par exemple et les radios et médias s’y intéresseront alors davantage.

Quand on a pignon sur rue, on essaye de trouver des dates du soir au matin. On va travailler pour. Si on ne fait rien, il ne se passe rien. Ce que je peux promettre c’est qu’on va travailler à trouver des dates de concerts.

M.C. – Que faites-vous concrètement ? Vous envoyez des mails, vous téléphonez ?

P.V.B. – On fait tout. On fait des envois massifs pour faire connaitre un projet, pour dire qu’il est nouveau, qu’il existe, que ce projet est disponible pour telle période. On passe des coups de fils, des sms, on croise des gens dans le concerts, on fait connaissance, on discute. J’ai tout le temps plein de personnes à relancer.

MC – Merci pour le volet booking. Passons à celui du label. Qu’est ce qu’un label ?

P.V.B – Pour moi, car il y a plein de définitions différentes, un label ce sont des gens qui travaillent à développer de la musique enregistrée.

Il y a deux types de contrats :

  • Le contrat d’artiste : c’est quand on aime bien ce que l’artiste fait et on paie tout. Tu amènes l’artiste en studio et tu paies tous les frais pour avoir la bande master, le produit finit de l’enregistrement. Puis, tu paies tous les autres frais, le développement, le marketing et la promotion, qui coûte le plus cher.
  • Le contrat de licence : On accueille un artiste sur notre label et on fait la publicité, la communication, le marketing de son projet. Il nous fournit la bande mère, les photos, clips, tous les éléments dont on a besoin.

Pour les artistes du label 30 Février, Françoiz Breut, Antoine Armedan, Antoine Wielemans, Kùzylarsen, Lo, Saule, je vais oublier des gens et c’est horrible, ce qu’on fait ce sont des contrats d’artistes.

Il y a une grande implication du label.

On essaie de ne pas être une banque du style :  » – On a besoin d’argent pour aller en studio. – Voilà de l’argent, va t’amuser « . On essaie d’encadrer, d’expliquer pour que le développement soit harmonieux, pour durer.

Il y a des projets pour lesquels l’argent n’est pas la meilleure façon d’aider. On ne met pas des dizaines de milliers d’euros sur tous les projets, on réfléchit ensemble. On peut commencer par un premier single, on voit comment ça prend puis on peut sortir un deuxième single, puis l’album. Avec un autre artiste on va produire son troisième album directement car on en a déjà fait deux avant et on connaît la valeur des choses.

Le maximum

On va toujours faire le maximum pour que ça marche pour être droit dans nos bottes. Parfois un projet décolle et parfois non. Parfois certains décollent mais ne continuent pas, parfois il faut lâcher des projets.

En tout cas on est tenace, on continue longtemps pour que cela fonctionne.

Pour te donner un exemple, on a présenté Lo hier, qui est un nouvel artiste, aux Nuits Botanique en première partie de Tim Dup, pour la sortie de son premier EP. C’est un travail de deux ans et c’était super.

On reçoit mille démos, j’écoute toutes les démos et je réponds aux artistes. Souvent je réponds que ça ne m’a pas assez plu pour y aller et que je n’ai pas de temps à y consacrer.

Des exemples de développement

Avec Loïc, Lo, en l’occurrence, j’ai répondu que j’aimais bien, qu’on pouvait se voir, puis j’ai été le voir en concert, on a parlé une heure et demie. Je lui ai dit cash ce que je ne trouvais pas bien. Il y a des gens à qui cela ne plaît pas et je comprends car cela parce que ça fait travailler leur égo mais je le lui ai dit. On a avancé. On a organisé des petits concerts dans des bistros avant le COVID-19. Puis, on a commenté les chansons qu’il avait enregistré, on a travaillé les arrangements. Je dis  » on  » parce qu’on est trois à travailler dessus, Greta Vecchio et Philippe Decoster. On est trois dans le label. C’est Greta aujourd’hui qui a pris le lead et qui fait un travail super car elle s’investit et accompagne très bien Loïc.

Greta Vecchio - Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem
Greta Vecchio

Il s’est présenté à un concours qui s’appelle Du F. dans le texte car j’ai souhaité qu’il le fasse et il a gagné le concours en deux étapes. C’est bien de l’avoir gagné mais il y a encore un travail énorme à faire en Belgique pour trouver son public. On travaille sur ce point-là en organisant un maximum de concerts en cette période qui n’est pas facile.

Du-F-dans-le-texte-Comment-fonctionnent-un-booker-et-un-label-Interview-de-Pierre-Van-Braekel-Méthod

Avec Antoine Armedan on fait le même genre de travail en ce moment. Un premier, un deuxième, puis un troisième single, des concerts, etc. avec Antoine qui a une dynamique exceptionnelle là-dedans.

Avec Antoine Wielemans, qui est le chanteur de Grils in Hawaï, qui sort son album solo, le message c’est plutôt de dire qu’Antoine a une vraie envie et une vraie culture musicale francophone car qu’il écoute énormément de chansons francophones. On va l’accompagner en passant plus vite au stade album car il a déjà une notoriété et des compétences avec de grandes connaissances en vingt ans de carrière.

On fonctionne différemment pour chaque artiste.

M.C. – Êtes-vous un label indépendant? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

P.V.B – Oui dans le sens ou être indépendant veut dire qu’un label n’est pas une multinationale. Il y en a trois : Universal, Sony et Warner.

Major - Label - Comment fonctionnent un booker et un label - Interview de Pierre Van Braekel - Méthode Chanson - Guillaume de Lophem

C’est un peu une définition de cons je trouve car il y a des petits, des moyens et de labels de grande taille. Tu peux créer ton label tout seul dans ta cuisine et tu peux être comme Wagram, qui est une structure en France qui est très importante mais qui est indépendante.

62TV est indépendant mais on est  » actionnarisés  » par PIAS et heureux de l’être. On a les avantages d’être dans un groupe international tout en ayant une liberté royale pour le signatures et les développements que l’on fait, du moment qu’on tient la boutique, économiquement parlant.

MC – Qu’en est-il de la légende selon laquelle des labels signent avec des artistes pour les mettre sur une voie de garage afin de ne pas faire d’ombre à leur artistes de leur catalogue ? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

P.V.B. – Il existe de tout dans nos métiers, comme partout. En ce qui me concerne, la vie est trop courte pour faire ce genre de choses. J’ai envie de vivre des choses positives et d’être droit dans mes bottes comme je le disais précédemment.

MC – Y a-t-il un contrat défini ou indéfini dans le temps chez vous ?

P.V.B. – Un contrat d’artiste, en général, fonctionne selon un nombre d’albums. Un album c’est généralement, deux à trois ans donc deux albums ce sera quatre ou six ans. Il y a une dimension dans le temps oui.

M.C. – C’est plutôt deux ou trois albums chez vous ?

P.V.B. – Classiquement, c’est deux albums plus un option. Mais les choses évoluent tellement actuellement que l’on peut signer pour un album et une option.

MC – On signe pour le monde entier chez vous ? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

P.V.B. – Oui. Quand on fait un contrat d’artiste, c’est pour le monde entier. Pour un contrat de licence, tu peux circonscrire le territoire. Le mot le dit, une licence, c’est un autorisation de presser sur un territoire donné et pour un temps donné le master que l’on a reçu. Cela pour l’exploiter et faire des ventes.

MC – Demandez-vous de céder les droits d’édition, d’enregistrement ? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

P.V.B. – Oui, on les corrèle. Je me sens à nouveau droit dans mes bottes quand je dis à un artiste :  » écoute, on va mettre vraiment beaucoup d’énergie dans le projet et on doit essayer de récupérer notre investissement. « . On demande d’être éditeur ou coéditeur. Comme ce n’est pas notre métier de base, on s’est associé à des éditeurs tels que Strictly songs qui s’occupe de gérer la partie administrative des titres. Mais pour le nouvel album de Saule on est éditeur unique.

M.C. – Vous êtes distributeur aussi ?

P.V.B. – Non, on est distribué par PIAS en physique et en digital.

MC – Quels sont les avantages de signer dans un label indépendant ou un Major ?

P.V.B. – Cela dépend des gens que tu rencontres. Quand tu es chez un Major, c’est génial car tu es dans une grande structure très puissante mais si la personne avec qui tu travailles part, démissionne ou est virée, tu n’as plus ton interlocuteur et il peut te dire que tu fais partie des éléments de son prédécesseur et qu’il ne va pas continuer avec toi. Si tu es un artiste très connu il va sas doute encore travailler avec toi.

C’est une question de personnes plus que de structure.

MC – Que faut-il pour rester dans un label ? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

P.V.B. – Continuer à avoir une bonne relation humaine et économique de manière réciproque entre l’artiste et le label.

MC – Aujourd’hui un artiste peut-il s’en sortir sans label ?

P.V.B. – Bien sûr. Mais à un moment donné, au lieu de faire faire les choses par un label il devra le faire faire par quelqu’un d’autre. Tu ne peux pas avoir une distribution et une promotion en Europe en le faisant tout seul. Sauf si tu fais un petit projet de niche avec des partenaires choisis dans des pays européens mais cela va te prendre un temps de fou.

A un moment donné, cela se fait au détriment du projet artistique. Mais il y a moyen et tu as une meilleure marge évidement. Tu gagnes plus sur ce que tu vends.

MC – Que consacrer vous comme temps pour chaque artiste ? Comment fonctionnent un booker et un label – Interview de Pierre Van Braekel

P.V.B. – On est trois personnes à mi-temps à travailler dessus donc on travaille beaucoup.

MC – Y a-t-il un d’autres informations que tu aimerais partager avec les artistes, quelque chose qui te tiens à cœur ?

P.V.B. – Cela me tient à cœur de les informer. C’est pour ça que j’ai pris la peine de prendre une heure de mon temps surchargé avec toi car j’ai moi-même, quand j’étais jeune, été dans le cas ou je ne comprenais pas grand chose à tout ça.

On a été quelques uns à créer court-circuit il y a quelques années car on trouvait qu’il fallait qu’existe des structures d’informations et de formations pour les artistes.

Il y a deux choses essentielles pour moi en musique :

  1. Prendre du plaisir à faire de la musique. Il faut le faire car on en ressent le besoin vital. Si cela te permet d’en vivre tant mieux mais cela ne doit pas être l’essentiel.
  2. Pour conjuguer ce besoin vital avec le fait d’en vivre, il faut bien connaître les tenants et aboutissant de choses et rencontrer quelqu’un comme moi par exemple. Quelqu’un en qui tu as confiance et qui envie de faire connaître ton existence artistique à plein de gens.

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