Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

Iza Loris - Itterview - Méthode Chanson

Pour m’aider à répondre à la question « Comment fonctionne un parolier », j’ai réalisé l’interview d’Iza Lori, mon amie et parolière, alias Izou.

Iza Loris est une parolière française. Elle a écrit pour de nombreux artistes tels qu’Hélène Ségara, Julie Zenatti, Isabelle Rigaud et Anggun.

En 2000, Iza Loris découvre les Ateliers de la chanson de Bruxelles. Elle y rencontrera le poète-parolier Allain Leprest qu’elle considère comme son mentor. Il jouera le rôle de déclencheur de sa carrière.

En 2008, elle ouvre à Bruxelles « Au B’izou », un café-théâtre qui propose des concerts et des spectacles d’improvisation théâtrale, et dont le parrain est Adamo. Elle y est également animatrice d’ateliers d’écriture de chansons.

L’interview

MC – Tu es la fille du poète-chansonnier Louis Poitrenaud. En quoi cela a influencé ta vie et ta carrière ?

Louis Poitrenaud
Louis Poitrenaud portrait de tourangeau participant au projet de statues inspirées de l’univers de la comédie humaine de Balzac.  29 mars 2019  photos nr Julien Pruvost

IL – J’ai apprécié ce père aux mille métiers et aux mille facettes. Ça m’a sans doute influencée pour raconter des histoires. Je me rappelle qu’il se levait la nuit et s’enfermait dans son bureau pour écrire. Au début moi aussi j’ai choisi des lieux sombres. Je pouvais y inventer mes mondes. Très tôt j’ai eu besoin de créer ma nuit pour écrire. La nuit j’écrivais sous les draps. Mon drap c’était ma voûte céleste.  Je tiens de mon père le goût des mots et du jeu.

MC – En 2000, tu as rencontré le poète-parolier Allain Leprest qui est devenu ton mentor et qui aurait apparemment joué le rôle de déclencheur de ta carrière.  Comment cela s’est-il passé ? Quelle est l’importance d’avoir un mentor ?

Allain Leprest aout 2010
Allain Leprest aout 2010

IL – Un mentor c’est un guide, un chemin, une boussole. C’est celui qui nous mène vers la part de nous qui nous étonne le plus, à l’endroit où quelque chose va nous dépasser. J’écris et d’un coup je suis happée par une émotion. Un mentor ouvre l’accès à cet endroit-là.

A 18 ans je participais à des Fanzines. Là quelqu’un m’a dit cette petite phrase « tu devrais écrire des chansons comme Anne Sylvestre ». Ces mots sont restés dans ma tête, jusqu’à ce que j’atterrisse aux Ateliers chansons de Bruxelles, et passe un week-end en compagnie d’Allain Leprest. Je lui dois le virus de la chanson. C’est l’auteur le plus fascinant qu’il m’ait été donné de rencontrer.

J’ai aussi rencontré Jacques Roure. Un auteur lumineux. Il a collaboré avec Claude Lemesle, Serge Reggiani, Lio, Alice Dona. J’ai la chance aujourd’hui d’écrire à ses côtés sur différents projets d’albums.

Jacques Roure et Iza Loris
Jacques Roure et Iza Loris

MC – As-tu suivi une formation pour devenir parolière ? Faut-il une formation spécifique ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL – Vous pouvez apprendre un métier sur le tas, ou lors de formations que vous actualisez.

Ecrire des chansons c’est pareil. Comme le dit Pierre Perret « écrire une chanson ce n’est pas du millefeuille ».

La chanson répond à des règles, elle a sa propre langue. Il convient de les connaître pour ensuite s’en extraire et développer son propre style. Il existe autant de plumes et d’imaginaires que de paroliers.

Analyser les plus grands

Depuis toujours j’analyse les plus grands, je repère des manières d’agencer les mots, des astuces d’écriture. Je reprends un sujet qui me touche. Je cherche un nouvel angle de vue ou des associations inédites de mots. Il existe des milliers de chansons basées sur un prénom ou un nom de ville et pourtant les plus belles sont uniques.

Ce qu’on apprend n’empêche pas la part de mystère. J’ai participé à différents ateliers pour découvrir de nouvelles techniques. Certains évitent ces formations à tout prix par peur du formatage. Or un atelier c’est tout sauf du formatage.

Ces rencontres (Astaffort, les Ateliers d’Aix avec Georges Moustaki, les Récréations de Michael Jones, les Ateliers de Claude Lemesle…) permettent de sortir de sa zone de confort. Chacun nourrit la plume de l’autre.

Allain Leprest m’a confié qu’il aurait économisé dix ans de recherches s’il avait connu de tels ateliers. Ces derniers invitent aussi aux rencontres et aux collaborations entre artistes, et ça c’est magique.

Observer le monde

Observer le monde, écouter la radio, laisser traîner ses oreilles dans le bus (sans les oublier en sortant), surfer sur le net, tester des jeux d’écriture, détourner une expression ou un titre, se nourrir d’excellents livres comme « Le Moulin du Parolier » de Michel Arbatz, « L’art d’écrire une chanson » de Claude Lemesle, sont autant de pistes pour parfaire son écriture.

J’ai toujours un carnet pour noter mes sensations. Mes sens sont ouverts à 720 degrés, deux fois le tour de moi-même, à la recherche d’un hook, d’une petite phrase forte qui sonne et autour de laquelle le texte peut s’articuler.

Gilbert Bécaud a commandé une de ses plus belles chansons à Pierre Delanoë après qu’une jeune femme lui ait dit « et maintenant que vais-je faire ? » alors qu’elle venait de perdre son amoureux. Vous ne perdrez pas votre amoureux et encore moins votre spécificité en vous nourrissant de ce qui existe.

MC – Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui aimerait devenir auteur-parolier ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL – Je conseillerais de :

Prendre son temps tout en étant réactif

Avant d’écrire pour des artistes reconnus, j’ai pris le temps de développer ma plume avec des artistes en découverte. Une voix, une plume, un art ça se travaille jour après jour. Il faut du talent mais surtout beaucoup de travail. Les premiers textes de Brel portaient en eux la force et l’humanité de sa plume, mais aussi quelques maladresses. C’est à force de travail que ses textes ont acquis une puissance inégalée.

Je trempe ma plume dans les mots chaque matin, c’est le meilleur repas de la journée. Quand je reçois un projet de chansons, je lâche mes autres activités pour écrire le plus rapidement possible. Je prends ensuite du recul sur le texte avant de l’envoyer.

Savoir partager et s’entourer

Si l’écriture s’avère un art solitaire, je prends aussi plaisir à coécrire et partager. Nous lisons nos textes à haute voix. Nous sentons vite les parties plus faibles. Les retours permettent de ne rien laisser passer.

Je trouve dommage que tant d’artistes créent seuls leur album de A à Z, paroles, musique. Pourquoi ne pas se nourrir les uns les autres, créer des duos de choc.

Cherchons notre Voulzy ou notre Souchon pour développer des chansons encore plus percutantes. Sachons partager, nous entourer, entendre les critiques, mélanger les compétences.

Alain Souchon et Laurent Voulzy
Alain Souchon et Laurent Voulzy

L’artiste a souvent un égo surdimensionné. Il réussira d’autant mieux s’il fait passer sa modestie en premier. L’artiste est là pour donner de l’émotion. Il doit aller chercher le dernier spectateur du fond de la salle et chantez pour lui, en sachant articuler, resserrer les apartés, varier les rythmes, travailler sa tenue de scène.

Rester simple

En chanson tout est possible. J’aime bien essayer de convaincre en trois minutes. Dans les premiers vers l’auditeur doit savoir de quoi je parle, de qui, où ça se passe et quand. Dans mes ateliers j’appelle ça : les débuts accrocheurs. Si le texte est incompréhensible, l’auditeur restera derrière la porte ; il collera son oreille quelques secondes puis vous le perdrez ! Il existe des exceptions.

Certains artistes chantent dans une langue inventée. Mais ils maîtrisent leur art pour nous emmener ailleurs. Trop de jeunes artistes se fichent d’être compris. Les plus grands artistes sont unanimes : ils mettent toute une vie à atteindre la simplicité afin de toucher le cœur du public. La simplicité, c’est le plus difficile. Je trouve aussi important de rester soi-même. Plus je mets de moi dans un texte, plus il parle au cœur de celui qui le reçoit.

Donnez-vous un délai, à six mois, un an, cinq ans. Gardez le cap malgré les tempêtes. Corto Maltese n’avait pas de ligne de chance. Il s’en est dessiné une avec un couteau.

MCComment fonctionnes-tu ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL  –  Mon point de départ c’est l’artiste. Avant d’écrire, j’écoute ses titres ; s’il ne crée pas, je lui demande ses morceaux et artistes préférés. S’il me donne juste une idée, ou une formule, nous cosignons à part égale.

Dans tous les cas, l’auteur et le compositeur doivent se mettre au service de l’interprète, être capable de réviser leur copie.

Un compositeur se met au service d’un texte, un parolier au service d’une musique.

Quand je propose des textes complets, je choisis à quel artiste je les envoie. J’écris différemment pour un artiste rock, un artiste pop, un chanteur à texte, une comédie musicale. Chaque projet contient sa propre couleur.

J’ai établi un questionnaire afin de mieux connaitre l’artiste avec qui je souhaite collaborer. Je regarde ses posts facebook, les citations qu’il poste, j’écoute des interviews, je lis des articles le concernant.

Un parolier peut adapter son style d’écriture tout en restant vrai et proche de ses émotions et de celles de l’artiste. C’est cette communauté d’émotions qui, à mon avis, donnera naissance à une belle chanson.

Si l’auteur est coupé de son ressenti pour se couler dans celui de l’artiste, je ne suis pas sûre que ça marche. Ils se rejoignent forcément à un endroit. Il suffit de dialoguer, de trouver les sujets qui touchent en commun, de se mettre d’accord sur un niveau d’exigence maximum.

MC Quels sont les thèmes qui te tiennent à cœur ?

IL  –  

  • Les relations amoureuses ;
  • Le couple au quotidien ;
  • L’amour, sa palette de couleurs et d’émotions. Tout est possible par amour le pire comme le meilleur ;
  • L’ombre et la lumière ;
  • Le racisme, la tolérance ;
  • La famille ;
  • La communication ;
  • La beauté de la langue et des échanges ;
  • La violence et la beauté de l’être humain ;
  • Le respect de la nature, et de sa nature ;
  • Déambuler dans la ville ;
  • Surmonter les défis, aller au bout.

En fait, tous les thèmes. Je m’intéresse à l’humain, l’humain se retrouve partout et dans tout. Le boulanger pétrit la pâte, l’auteur pétrit l’humain

MC Tu as écrit pour Hélène Ségara, Julie Zénatti et Anggun. Comment s’est passé la collaboration ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

Iza Loris - Anggunn - Julie Zénatti
Anggun et Iza Loris (photo de gauche) – Julie Zénatti, Iza Loris et l’équipe de l’album « Plus de Diva » (photo de droite)

IL – J’ai travaillé avec Frédéric Château et j’ai rencontré des interprètes accessibles et profondément humaines. Pour trouver les mots justes je me suis demandée ce qu’elles aimeraient écrire.

« Face au vent » d’Anggunn est parti d’un yaourt reçu en anglais. La mélodie m’a particulièrement touché. J’ai laissé aller ma plume et visualisé un lac gelé.

Pour « Onze Septembre » d’Hélène Ségara j’ai fermé les yeux et me suis mise dans l’émotion d’une personne qui peut se détruire de l’intérieur. Les images m’ont submergée.

« L’herbe tendre » est un pari caché. J’ai souhaité parler de sensualité féminine au travers d’une métaphore. Je ne sais pas qui des femmes ou des hommes ont été le plus surpris.

C’est un métier où l’on n’a pas toujours la chance de rencontrer les artistes.

MC – Tous les paroliers ne sont pas faits pour tous les compositeurs (C), les compositeurs-interprètes (CI) et les auteurs- compositeurs-interprètes (ACI) et inversement, qu’en penses-tu ?

IL  –  Je suis d’accord. Je tournerais la phrase de façon positive. Certaines paroles et compositions se rencontrent de façon évidente, se magnifient. Une sensibilité les relie, comme un bijou trouve le parfait écrin. Peu importe que le texte ou la musique préexiste, ou qu’ils soient construits en même temps, dans un mouvement continu.

Si un interprète ou un compositeur souhaite collaborer il va naturellement contacter un auteur-parolier dont les textes le touche, lui parle de son enfance, de son vécu, du monde tel qu’il le perçoit. Il peut aussi se laisser surprendre, fonctionner au coup de cœur ou au ressenti. En art tout me semble possible. Des univers diamétralement opposés pourraient se rencontrer à un endroit insoupçonné.

MC – Quels sont les paroliers que tu admires ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL  –  Jacques Roure, Claude Lemesle, Pierre Delanoé, Jacques Duvall, Etienne Rhoda Gil.

MC – Quels sont les ACI que tu admires au niveau de l’écriture ?

IL  –  Allain Leprest, Dominique A, Manu Chao, Gainsbourg, Brice Homs, Benjamin Biolay, Damien Saez, Hoshi, Bertrand Belin, Vincent Baguian.

Des textes qui font appel aux 5 sens, écrits avec le cœur et les tripes.

MC – Quel est ton style d’écriture ?

IL  –  

  • Dire des choses fortes avec des mots tendres, en gardant une note d’espoir ;
  • Parler de violence avec poésie. Je pense à la chanson « Les bleus » de Gainsbourg ;
  • Jouer avec les mots pour susciter l’émotion ;
  • Pratiquer le décalage pour alléger le message et le rendre plus percutant.

MC – D’expérience, j’ai perçu que, dans certains d’ateliers d’écriture, des auteurs sont frustrés. Ils pensent que les interprètes présents vont inscrire leurs textes à leur répertoire. Mais ils n’ont pas conscientisé l’importance émotionnelle du fond et de la forme que doivent avoir les chansons pour les interprètes. Qu’en penses-tu ?

IL  –  Dans les ateliers d’écriture débutants ta remarque s’avère juste. Certains auteurs ont envie de voir leur texte mis en musique et interprété sans aucune retouche. Des auteurs débutants vont tenter d’imposer leur vision, car ils manquent de confiance.

Je vais défendre un mot, une logique s’ils servent le texte. Mais je comprends vite pourquoi tel ou tel terme ne fonctionne pas. Si un verbe, une tournure déplait à l’interprète, il buttera dessus durant son tour de chant. Julie Zénatti déteste le mot « étoile ». Peu importe la raison, ça n’aurait aucun sens de le lui proposer.

Julie Zenatti
Julie Zénatti

Je co-écris régulièrement, on lance des vers à tour de rôle pour trouver celui qui traduit au plus près l’émotion et le message de l’artiste. Ce que j’aime avant tout dans la co-écriture c’est le partage, l’ouverture, le challenge de créer une chanson sur mesure. Je ne prends aucun plaisir à travailler avec des artistes fermés, ou à l’égo envahissant.

Par le passé j’ai refusé de travailler sur des projets ou les auteurs, compositeurs et artistes parlaient de tout protéger avant même d’avoir écrit une ligne, et prouvé leur créativité. Ce genre d’approche manque de générosité. C’est une manière de penser et de fonctionner qui ne me convient pas. Bien sûr il faut protéger ses œuvres, mais l’idée ne doit pas préexister à la création.

Mes valeurs : partage, générosité, justesse, ouverture, beauté.

MC – Comment doivent fonctionner l’ACI, le CI ou le C avec toi ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL  –  L’auteur, compositeur, interprète amène une partie du texte. Le compositeur-interprète amène le propos, des mots clés, une ambiance, un genre, ou te laisse carte libre. Dans les deux cas le travail s’avère aussi précis. L’écriture avance en simultané, autour d’un instrument. Parfois le texte se construit avant la touche musicale. Il s’agit chaque fois d’une rencontre autour d’une idée phare.

Ce que je préfère c’est recevoir un début de texte, une idée, pour ressentir où l’interprète souhaite aller. J’aime qu’il me parle de sa chanson, du message qu’il désire faire passer. Je lui envoie des propositions. On travaille en allers-retours avec la musique, pour faire sonner les mots.

Dans le choix final des morceaux, et pour le bien final de l’album, auteurs ou compositeurs doivent privilégier la cohérence artistique, avant leurs propres créations. Les morceaux doivent se répondre. Il faut savoir mettre son égo de côté. Plus l’album sera réussi, plus les morceaux gagneront en beauté. Il en est de même de l’artiste.

Certains artistes auteurs, compositeurs interprètes souhaitent réaliser l’intégralité de leur projet, quitte à négliger certains aspects. Les artistes les plus connus l’ont compris, ils font intervenir des co-auteurs, des co-compositeurs pour écrire plus vite, mais aussi pour se challenger, éviter de tomber dans une routine d’écriture, creuser encore plus les émotions, aborder leurs thèmes de prédilection sous un angle neuf, profiter de nouvelles rencontres.

Il me semble aussi important de se remettre en question. Tenter une musique sur des mots qui ne te parlent pas à 100% peut faire progresser ta manière de composer. Tenter de nouveaux styles, pour les rapprocher de qui l’ont est, plutôt que de se dire qu’on a trouvé le sien pour la vie, et de ne plus rien essayer, permet d’évoluer. 

MC – Conseilles-tu à un ACI de faire appel à un parolier ?

IL  –  Faire appel à un parolier ou écrire ses textes reste le choix de l’artiste auteur-compositeur-interprète. L’ACI peut combiner, coécrire, reprendre un morceau qui l’émeut, sans en être le créateur. Il n’existe aucune contre-indication à demander l’avis d’un parolier sur un projet en cours, voire fini.  Chaque mot, chaque détail, poussera le ou les textes encore plus loin. Parfois l’artiste croit défendre un propos, et c’est un autre message qui se dégage. Il est intéressant de le savoir. Christophe Maé a mis quatre albums avant de faire appel à un parolier, et de magnifier ses morceaux.  

MC – Comment fonctionnes-tu avec un auteur-compositeur-interprète qui écrit ses chansons ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL  –  Je propose d’avancer sur un texte en cours, sur lequel il bloque ou sur lequel il voudrait tenter une autre approche. Je me glisse dans son univers, pour en saisir les couleurs, esquisser en commun une nouvelle partition, faire danser les mots et les images.

Le dernier artiste avec qui j’ai travaillé m’a envoyé des textes avancés, ou simplement un couplet, un refrain, une idée. J’ai annoté des endroits moins clairs, un manque de fluidité, proposé une tournure inédite, un couplet complémentaire. Les choses se sont passées avec naturel.  Une belle collaboration est née. Il écrivait ses textes mais composait encore plus vite. Ce travail à deux mains, sur 4 morceaux, lui a permis de terminer son album dans les temps qu’il s’était fixés. Elaborer un titre implique chaque fois une nouvelle histoire, des émotions, de l’euphorie.

Pour le plaisir, j’ai relu et commenté des dizaines de textes, proposé des pistes d’amélioration, pour renforcer l’émotion, la logique, clarifier le message. Les artistes sont revenus vers moi pour me proposer une co-écriture. Quand l’interprète n’écris pas, et s’il est d’accord, j’invite d’autres auteurs pour croiser les plumes, viser la perfection. Les rencontres perdurent et j’en suis ravie.  Être unis permet d’aller plus loin.

Vois les équipes de Slimane, Vianney, Valentin Marceau, Maitre Gims, etc, ils s’invitent sur les projets des uns et des autres, dans la création ou la diffusion. Ça leur permet de créer plus vite, et plus intensément. Je ne crois pas à l’artiste isolé qui souhaite tout contrôler. Rappelle-toi la troupe du Splendide au théâtre. L’union fait la force.

MC – Que penses-tu des grands auteurs isolés tels que Brel, Barbara, Ferré et Brassens du coup ?

IL  –  On ne parle plus de grands artistes mais de génies. Eux-mêmes s’accordaient à dire qu’une œuvre est constituée de cinq pour cent de talent et de nonante cinq pour cents de sueur.  Les artistes aussi doués dans les textes et la composition s’avèrent peu nombreux. Brassens réécrivait son texte sur des carnets jusqu’à ce qu’il atteigne la perfection. Brel a tendu vers la simplicité toute sa carrière.

Leur force de travail sans commune mesure leur a permis de créer des chefs-d’œuvre, de passer du cabaret à la légende. Ils ont exprimé leur unicité à une époque où moins d’artistes foulaient les planches. Aujourd’hui trop de chanteurs privilégient la musique et se contentent de textes moyens, peu construits, généralistes, voire clichés.

Qui sait, à l’heure d’internet, ces auteurs de génies auraient peut-être cherché à collaborer. Comme « La dame brune », magnifique chanson, que Barbara interprète en duo avec son auteur et compositeur Georges Moustaki.

MC – Un parolier doit-il avoir le même style d’écriture que l’ACI ou que des auteurs qu’il aime bien ?

IL  –  Pas forcément. Un parolier par définition est capable d’écrire pour plusieurs artistes, pas tous mais plusieurs, dans des styles différents. Il est capable de se mouler dans les mots, les tournures de phrases, l’humeur, l’esthétique de l’interprète, pour traduire au plus juste le message et les émotions de l’artiste.

MC – Le parolier doit-il connaître un instrument ou la musique pour écrire pour d’autres ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL  –  Le sens de la musique et la musicalité des mots s’avèrent essentiels pour faire sonner les syllabes, jouer avec les assonances. Quand on pose des paroles sur une mélodie il faut être attentif aux accents, utiliser des syllabes ouvertes en fin de vers, respecter la voix de l’interprète. Tout est une question d’alchimie.

Si le parolier joue d’un instrument tant mieux, mais ça n’est pas obligatoire.

MC – Demandes-tu un forfait ou des droits au niveau de l’écriture ?

IL  –  Je n’ai pas encore demandé de forfait pour l’écriture d’un texte. Quand l’artiste tourne peu les droits d’auteurs deviennent insignifiants. L’auteur peut réclamer un forfait, tout en conservant ses droits d’auteurs.

Je suis si passionnée par l’écriture, que le travail des mots, et les rencontres constituent en soi une rémunération. Je gagne en partie ma vie avec les droits d’auteur, et je suis confiante pour la suite.

MC – Préfères-tu travailler avec quelqu’un de connu, comme Hélène Ségara par exemple pour qui tu as écrit une chanson ?

IL  –  J’apprécie autant écrire avec un artiste connu qu’avec un artiste en développement. La fierté en plus d’être interprétée par de grandes voix. Si les droits d’auteurs diffèrent, le plaisir reste unique. Chaque chanson mérite la plus grande attention.

Certains auteurs utilisent leurs fonds de tiroirs pour des interprètes qu’ils jugent moins prestigieux. Ça ne me viendrait pas à l’idée. J’aurais honte de signer un titre dont je trouve le texte bof, ou pas assez travaillé.

Après l’écriture et la sensibilité évoluent. On ne tourne pas ses phrases à quarante ans, comme on les tourne à vingt ans. Les sujets varient aussi.  J’adore écrire pour de jeunes auteurs, voire du jeune public.

Chaque projet relève d’un monde à part entière. Bâclez le monde et vous obtiendrez des débris, rien ne sortira de terre.

MC – Y a-t-il un style de chanson pour lequel tu préfères écrire ? Rock, variété, pop, comédie musicale, etc. ? Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

IL  –  J’apprécie tous les styles, à partir du moment où l’artiste souhaite faire passer des émotions et un message qui lui tient à cœur.  

Un texte pop léger ou faussement simple, une chanson à texte, un glossaire plus rock ou contestataire, la construction d’une comédie musicale me procurent le même plaisir.

J’associe les mots comme les couleurs d’un tableau, avec des touches colorés, ou en noir et blanc. Le seul but est de susciter l’émotion, de toucher l’âme.  

MC – Comment et où trouver des paroliers en Belgique, France et Québec ?

IL  –  

Parfois ce sont les paroliers qui vont à la rencontre des artistes via un éditeur, ou après un concert.

Pour savoir comment donner son premier concert vous pouvez également lire l’article Comment faire son premier concert ? – Méthode Chanson (methodechanson.com)

Avez-vous aimé cette interview ? En avez-vous appris d’avantage sur le fonctionnement d’un parolier ? Avez-vous d’autres questions que vous auriez aimé poser à Iza Loris ? Dites-moi tout dans un commentaire en bas de cet article et n’hésitez pas à vous abonner au site pour être tenu au courant de la sortie des prochains articles 😉

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2 thoughts on “Comment fonctionne un parolier – Interview d’Iza Loris

  1. Géry Brusselmans says:

    C est super intéressant et en plus, on ne trouve pas souvent ce type de contenu sur la chanson, vraiment bravo !!!

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