Chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

Chansons d’auteurs francophones - La nuit je mens - Alain Bashung - Analyse - Méthode Chanson

Parmi les chansons d’auteurs francophones il y a des titres que j’aime profondément,  » La nuit je mens  » d’Alain Bashung, dont la découverte fut un bouleversement, un ravissement, fait partie de ceux-là.

Tout dans cette chanson est magique. L’écriture incroyable d’Alain Bashung et de Jean Fauque avec leurs paroles aux images puissantes et énigmatiques, la voix grave d’Alain Bashung et ses intonations qui n’appartiennent qu’à lui et la prenante et magnifique orchestration qui font de ce morceau une pépite. Pépite issue de son album Fantaisie Militaire qui est un chef d’œuvre de la chanson française.

Dans cet article, le but de l’exercice est de faire l’analyse d’une chanson au niveau du texte et de sa structure pour en apprendre davantage sur ce qu’elle contient et à propos de la manière dont elle est créée par l’artiste.

Découvrons la sans plus attendre.

Chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

Le clip, réalisé par Jacques Audiard, a reçu le prix du meilleur clip de l’année aux Victoires de la musique 1999. C’est par ailleurs sur le tournage que Bashung rencontra Chloé Mons, qui est devenue son épouse.

Je n’ai malheureusement pas pu intégrer le clip à cet article car la vidéo est soumise à un limite d’âge et n’est disponible que sur Youtube. Vous pouvez le visualiser en cliquant ici.

La nuit je mens est une chanson d’Alain Bashung parue en 1998 sur l’album Fantaisie militaire. Elle constitue le deuxième morceau du disque.

Vous êtes libre de cliquer sur l’album.

Grilles de lecture

Selon son co-auteur Jean Fauque, cette chanson tire ses origines dans l’histoire des résistants à l’occupation de la Seconde Guerre mondiale en France. Plus précisément, de ceux qui se sont réclamés de la résistance quand l’issue du conflit était évidente, ceux qu’on nomme  » les résistants de la dernière heure « .

La chanson évoque la résistance, la collaboration et plus généralement le mensonge. Le thème de la résistance aurait été inspiré par les affaires Bousquet et Papon.

Il évoque aussi la double lecture en rapport avec le divorce d’Alain Bashung au moment de la création de la chanson ainsi qu’une triple lecture, qui a échappée à ses auteurs, de la société actuelle dans laquelle le mensonge s’est étendu mondialement dû à Internet.

Comme le disait l’auteur lui-même lors d’un autre documentaire diffusé sur France 2, Vertiges de l’écriture :  » Si tu lis un de mes textes, bon, c’est assez bizarre quand même. C’est pas toujours très clair et c’est voulu. Parce que ça vient du fait que je n’ai pas envie de m’ennuyer. D’un soir à l’autre, j’ai envie de chanter ça de manière différente. Et comme il y a plusieurs sens, d’un soir à l’autre je peux chanter la chanson complètement différemment si j’ai envie. « 

Pour ma part, j’ai d’abord compris cette chanson comme celle d’un couple à la dérive et j’ai été heureux de prendre le temps de la découverte d’autres niveaux. Cette chanson est comme un tableau abstrait dans lequel chacun peut trouver sa propre interprétation.

Il le dit d’ailleurs lui-même lors de ce même documentaire  » Peut-être que ce n’est pas de la musique, peut-être que c’est de la peinture. On se trompe tous là. Peut-être que je fais de la peinture « .

J’aime.

Les trois premiers couplets – chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

On m'a vu dans le Vercors (A) (7)
Sauter à l'élastique (B) (6)
Voleur d'amphores (A) (4)
Au fond des criques (B) (4)
 
J'ai fait la cour à des murènes (8)
J'ai fait l'amour (4)
J'ai fait le mort (4)
T’étais pas née (4)
 
A la station balnéaire (7)
Tu t'es pas fait prier (6)
J’étais gant de crin, geyser (7)
Pour un peu, je trempais (6)
Histoire d'eau (3)

La structure

On remarque qu’il y a une répétition des consonnes  » r « ,  » m « ,  » v  » et  » p  » qui donnent une musicalité à ces trois premiers couplets. On appelle cela une allitération.

Celle qui va revenir dans l’ensemble du texte est la consonne r. Ce qui va lui donner un effet de répétition sonore agréablement ronronnant.

Une allitération, du latin ad (à) et littera (lettre), est une figure de style qui consiste en la répétition d’une ou plusieurs consonnes, par contraste avec l’assonance, qui se base sur la répétition de voyelles, souvent à l’attaque des syllabes accentuées, à l’intérieur d’un même vers ou d’une même phrase.

Dans le premier couplet nous avons de rimes croisées, qu’on appelle aussi rimes alternées ou rimes entrelacées : ABAB.

Les vers partageant le même son à la fin ne se suivent pas, mais s’alternent.

Dans le deuxième couplet il y a des rimes internes ou dites du milieu.

La rime interne est une rime qui se produit au milieu des lignes de poésie, plutôt qu’aux extrémités des lignes. Une seule ligne de poésie peut contenir des rimes internes (avec plusieurs mots dans la même ligne rimant), ou les mots qui riment peuvent apparaître sur plusieurs lignes. Un exemple de rime interne serait :  » Je me suis permis de rester / J’ai bondi en voulant l’attraper. »

Ici la rime interne rime avec une rime de fin : cour et amour.

L’anaphore

Anaphore - Chansons d’auteurs francophones - La nuit je mens - Alain Bashung

On s’aperçoit également qu’il y a une répétition d’un même groupe de mots  » J’ai fait  » en début de vers dans le deuxième couplet. On appelle cette figure de style l’anaphore.

L’anaphore, du grec ancien ἀναφορά / anaphorá, « reprise, rapport », est une figure de style qui consiste à commencer des vers, des phrases ou des ensembles de phrases ou de vers par le même mot ou le même syntagme.

Elle rythme la phrase, souligne un mot, une obsession, provoque un effet musical, communique plus d’énergie au discours ou renforce une affirmation, un plaidoyer, suggère une incantation, une urgence. Syntaxiquement, elle permet de créer un effet de symétrie.

Le sens

Le premier couplet

On m'a vu dans le Vercors (A) (7)
Sauter à l'élastique (B) (6)
Voleur d'amphores (A) (4)
Au fond des criques (B) (4)

A la première écoute, dans mon imaginaire, le premier couplet décrit un endroit magnifique, dans la nature rocheuse. Un type intrépide et un peu louche saute dans des eaux turquoises pour récupérer un butin incroyable. Un décor et une action assez inhabituels sont plantés en quatre phrases.

En prenant un peu de recul, il est peu probable qu’il y ait des criques dans le Vercors.

Une crique est une petite baie qui part du rivage et qui forme un renfoncement naturel qui sert de protection pour les bateaux qui peuvent s’y mettre à l’abri.

Il y a donc forcément, au moins, un deuxième degré de lecture. J’imagine en même temps, tout se bouscule dans ma tète, un gars qui prend un risque. Il saute à l’élastique du haut d’une paroi rocheuse, poussé par l’appât du gain. Il vole par le fait de sauter à l’élastique et de dérober des amphores. Dans quelle situation désespérante notre héros se trouve-t-il pour réaliser pareille action ? Que représentent ces fameuses criques qui ne collent pas dans le décor et pourquoi vole-t-il des amphores ? Est-ce un vol ponctuel ou récurent ? Qui est ce  » On  » dont il parle ? Est-ce une seule personne ou plusieurs ? L’a-t-on vu de loin ou proche ? Où est-il au moment où il raconte ce début d’histoire ? A qui la raconte-t-il ?

Non mais, vous vous foutez de moi hein ?

Ou alors ça ne veut rien dire, l’auteur se joue de moi, mais qu’est-ce que c’est beau. Je suis pris.

Je vous avoue qu’à ce stade de la chanson, je suis à cent mille lieux de comprendre le premier degré de lecture décrit par Jean Fauque en début d’article. Ce que j’aime ici, c’est que je ne comprends pas mais j’apprécie l’émotion que ces vers me procurent. Mystère complet.

C’est en écrivant ces lignes que je me rends comptes de toutes ces réflexions. Au moment de l’écoute, tout se passe de manière paisible mais émerveillé par ce feux d’artifice conscient et inconscient. C’est énorme, ces quatre phrases sont un régal.

J’ai envie d’en savoir plus. Que va-t-il advenir de notre héros ?

Le deuxième couplet

J'ai fait la cour à des murènes (8)
J'ai fait l'amour (4)
J'ai fait le mort (4)
T’étais pas née (4)

Tout d’un coup, j’imagine un gars qui drague des filles peu recommandables, aux attraits repoussants. On reste dans le domaine de la crique, de la mer.

Murène - Chansons d’auteurs francophones - La nuit je mens - Alain Bashung

Cela évoque chez moi l’image d’un mec un peu paumé qui a été avec plusieurs femmes qui lui ont fait du mal, envers lesquelles il garde une certaine rancœur.

Il les a aimé puis a « disparu « . Avait-il une communication franche avec elles. Il se peut qu’il ait été lâche. Il a fait le mort. Ou alors qu’il n’y avait pas d’autre solution pour lui que celle de disparaitre dans la fuite.

Le dernier vers m’a fait sourire. T’étais pas né. Il y a le coté pané du fish stic, du poisson.

On comprends au moment où il utilise le tu dans  » tétais pas né  » qu’il raconte cette histoire à une personne qui s’avère bien plus jeune que lui. Il semble l’avoir rencontré bien des années plus tard.

A-t-il rencontré la bonne personne à ce moment-là ?

Je ne comprends toujours pas où cette chanson me mène mais j’aime les images qu’elle me projette.

Le troisième couplet

A la station balnéaire (7)
Tu t'es pas fait prier (6)
J’étais gant de crin, geyser (7)
Pour un peu, je trempais (6)
Histoire d'eau (3)

Dans ce troisième couplet, le sens s’opacifie. On reste cependant dans le paysage du deuxième couplet, la mer.

Une station balnéaire est un lieu de séjour situé en bord de mer ou tout autre endroit présentant des bains et aménagé pour l’accueil des vacanciers.

Station balnéaire - Chansons d’auteurs francophones - La nuit je mens - Alain Bashung

La suite revêt, pour ma part, un caractère assez érotique.

 » Ne pas se faire prier  » veut dire : ne pas hésiter à dire oui, obéir, obéir avec entrain, s’exécuter, agir avec empressement, sans se faire attendre, sans délai, de bon cœur, profiter de l’occasion.

Un gant de crin : particulièrement utilisé dans les pays orientaux, cet objet exfolie la peau et la débarrasse des imperfections ainsi que des cellules mortes. La peau s’en retrouve douce et régénérée.

Dans ce contexte, il semble qu’elle était assez disposée à répondre positivement à ses propositions charnelles. Cela se termine en geyser.

Mais pourquoi n’a-t-il alors pas écrit  » Tu étais gant de crin, moi geyser  » ? Est-ce l’inverse ? Serait-ce elle qui a accepté ses avances? Serait-ce elle le geyser ? Qu’en pensez-vous ?

Et ça continue par, pour un peu je trempais. Il n’y a vraisemblablement pas eu d’acte charnel approfondi. Ou alors, il y a une ellipse temporelle entre ce couplet et le précédent et il parle d’une conquête avec qui il s’est passé quelque chose mais pas jusqu’au bout. Il a failli tremper, tromper.

En narratologie, une « ellipse temporelle », également appelée « ellipse narrative » consiste à passer sous silence une période, c’est-à-dire à ne pas en raconter les événements. … Il s’agit d’une accélération du récit.

Il termine par cette amusante phrase : « histoire d’eau « , qui met en abîme l’action dans le contexte des bains, de son histoire qui tourne autour de la mer, de l’eau et de ses plaisirs.

Les relations amoureuses

Dans ces trois premiers couplets je suis personnellement dans un degré de lecture qui traite des relations amoureuses. Cette lecture peut s’avérer intéressante car Alain Bashung disait lui même dans le documentaire de France 2  » Je pense que je suis un des artistes français qui se dévoile le plus dans ses chansons. Il faut bien aller dans les sous titres des chansons ou des textes, entre les lignes et je pense que je fais partie de ceux qui raconte le plus de nuances très, très intimes « .

C’est cette grille de lecture-là qui m’intrigue, me parle le plus et me touche, au-delà des sens officiels donnés par ses auteurs : la grille de l’histoire des résistants à l’occupation de la Seconde Guerre mondiale en France. Ou encore celle du monde actuel qui serait dans un mensonge généralisé via la digitalisation.

C’est donc la grille de lecture relationnelle que je vais m’efforcer d’analyser au niveau du sens du texte, selon mon ressenti personnel.

Le refrain – chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

La nuit je mens (4)
Je prends des trains à travers la plaine (9)
La nuit je mens (4)
Je m'en lave les mains (6)
J'ai dans les bottes des montagnes de questions (12)
Où subsiste encore ton écho (8)
Où subsiste encore ton écho (8)

La structure

Nous avons ici deux épanalepses avec la répétition des phrases « La nuit je mens  » et  » Où subsiste encore ton écho « .

Une épanalepse est une répétition d’un groupe de mots ou plus souvent un vers à travers une ou plusieurs strophes. Cela crée ici un effet d’amplification coupable et nostalgique via une répétition rythmique.

Au niveau des pieds, des syllabes, il y a une structure avec des pieds de (4) et ses multiples (8) et (12). Avec une liberté d’une pied d’écart pour  » Je prends des trains à travers la plaine  » et de deux pieds pour  » Je m’en lave les mains « . Comme dit précédemment, c’est avant tout ce qu’on veut dire qui compte, jusqu’à un certain point.

Au niveau des rimes nous avons des rimes mêlés. Dans les rimes mêlées, les rimes sont disposées de façon aléatoire, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de structure précise. A part pour écho en rimes continues. Dans les rimes continues, les vers ont tous le même son en fin de vers.

Alain Bashung va utiliser des silences et davantage de mots dans certains vers pour créer du relief dans la diction. On a l’impression d’une accélération avec la phrase  » J’ai dans les bottes des montagnes de questions  » après  » Effrontément « .

Le sens

On comprendra davantage le refrain en fin de chanson.

On comprend déjà que le héros, celui qui raconte l’histoire à la première personne du singulier est dans l’aveu de mentir, de ne pas être juste ou correct lorsqu’il se déplace. En tournée sans doute.

Ponce Pilate - Chansons d’auteurs francophones - La nuit je mens - Alain Bashung

L’expression  » Je m’en lave les mains  » évoque métaphoriquement le refus de Ponce Pilate, préfet de la province romaine de Judée, de se prononcer contre Jésus. Selon le Nouveau Testament : « Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. » 

Evidemment, il parlait métaphoriquement, mais il n’était pas si loin de la vérité, puisque des chercheurs grenoblois ont montré que l’acte de se laver les mains abaisse le niveau de culpabilité.

Le héros ressent donc une culpabilité par rapport à son comportement.

Les vers suivants éclairent les précédents.

Il n’a pas compris ce qui lui est arrivé. Il y a sans doute eu une rupture et il est nostalgique de sa relation passée.

Les trois derniers couplets – chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

J'ai fait la saison (5)
Dans cette boîte crânienne (7)
Tes pensées (3)
Je les faisais miennes (5)

T'accaparer seulement t'accaparer (10)
D'estrade en estrade (5)
J'ai fait danser tant de malentendus (10)
Des kilomètres de vie en rose (9)

Un jour au cirque (4)
Un autre à chercher à te plaire (9)
Dresseur de loulous (5)
Dynamiteur d'aqueducs (7)

La structure

Au niveau de la structure nous sommes presque en prose dans les trois couplets. Il y a les deux premières rimes en fin de phrase ( crânienne et miennes ), les suivantes par effet de répétition ( t’accaparer et estrade ) et les dernières en interne ( dresseur et dynamiteur ).

Et toujours cette allitération de la lettre r qui donne une cohérence sonore au texte.

On voit que le piétage prend quelques libertés malgré une certaine structure. On a souvent (5) à (10) pieds. Il ne faut pas être trop rigide à ce niveau-là selon moi et laisser la priorité à ce que l’on veut dire.

Le sens

Faire une saison veut dire « travailler pendant la saison d’été, à la mer, ou d’hiver, à la montagne « . On reste dans le thème annoncé au début.

La boîte crânienne est l’espace à l’intérieur du crâne qui contient le cerveau.

Il a fait travailler son cerveau. Il a essayé de changer, d’évoluer ou de se mentir à lui-même en jouant un rôle :  » tes pensées, je les faisais miennes « .

Accaparer veut dire prendre, retenir en entier pour soi seul. Il la voulait donc pour lui tout seul. Il était peut-être étouffant ou méfiant.

Avec les phrases  » D’estrade en estrade  » et  » J’ai fait danser tant de malentendus « , tout le texte prend davantage de sens pour moi. Il allait de concert en concert laissant planer le doute sur ses sentiments, peut-être sa fidélité mais voulait en même temps la garder en vase clos.

La phrase  » Des kilomètres de vie en rose  » est plus floue. Parle-t-il des kilomètre parcourus en tournée ? Que veut-il dire par vie en rose ? Cette phrase semble contredire le raisonnement d’avant.

Voir la vie en rose signifie se montrer optimiste, gai, joyeux. Ca ne colle pas, sauf si cette phrase a un sens ironique et que cela décrit un enfer vécu sur la route ou qu’il veut parler de rencontres charnelles sur des kilomètres. Là, ça colle.

Conforté

Les phrases  » Un jour au cirque  » et  » Un autre a cherché à te plaire  » me confortent dans l’idée que cela va mal dans sa relation. Le cirque peut signifier qu’elle était avec des gens et à un événement superficiels.

Dresseur de loulou - Chansons d’auteurs francophones - La nuit je mens - Alain Bashung

Un loulou est un petit chien d’appartement au museau pointu, à long poil, à grosse queue touffue.  » Dresseur de loulous « . semble vouloir désigner un gars ridicule à ses yeux.

Aqueduc - La nuit je mens - Alain Bashung

 » Dynamiteur d’aqueducs  » veut dire, pour moi, que cette personne est prête à casser la relation qu’Alain Bashung a avec sa compagne.

Un aqueduc est un canal creusé ou construit pour assurer l’adduction de l’eau dans une agglomération ou pour irriguer des cultures.

Le deuxième refrain – chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

La nuit je mens (4)
Je prends des trains à travers la plaine (9)
La nuit je mens (4)
Effrontément (4)
J'ai dans les bottes des montagnes de questions (12)
Où subsiste encore ton écho (8)
Où subsiste encore ton écho (8)

La structure

J’aime bien les refrains qui évoluent, dont un ou plusieurs éléments changent en cours de chanson. Ici le refrain est exactement le même à part le vers  » Effrontément  » qui remplace  » Je m’en lave les mains « .

Au niveau de la rime, nous avons mens et ment qui sont disposés en rimes mêlées.

Le sens

La phrase  » Je m’en lave les mains  » se retrouve dans le refrain du début et de la fin de la chanson. Il n’y a que ce vers qui change dans ce refrain, au milieu du texte par  » Effrontément « .

Quand un auteur change un refrain c’est généralement pour faire comprendre des détails de sens en plus à l’auditeur. Il y a une progression narrative à l’intérieurs des différents refrains, à travers les phrases qui changent. Le héros évolue dans son cheminement au long de la chanson.

Il ne s’en lave plus seulement les mains en mentant mais il le fait de manière effrontée.

Effronté veut dire :  » Qui n’a honte de rien, qui parle ou agit avec une grande impudence, avec cynisme ou insolence. « 

On passe de la culpabilité au cynisme.

De Ponce Pilate il passe à Diogène de Sinope, le cynique. Diogène de Sinope, en grec ancien Διογένης ὁ Σινωπεύς / Diogénês ho Sinopeús, également appelé Diogène le cynique, est un philosophe grec de l’Antiquité et le plus célèbre représentant de l’école cynique (Sinope v. 413 – Corinthe, v. 327 av. J.-C.).

Diogène de Sinope, le cynique - La nuit je mens - Alain Bashung

Au sens contemporain, le cynisme est une attitude ou un état d’esprit caractérisé par une faible confiance dans les motifs ou les justifications apparentes d’autrui, ou un manque de foi ou d’espoir dans l’humanité. Il est parfois considéré comme une forme de lassitude fatiguée, mais aussi comme un mode de critique ou de scepticisme pessimiste-réaliste. Le cynisme et la pensée cynique ne doivent pas être confondus avec une attitude ou pensée sarcastique.

On peut donc en déduire que le héros est fatigué, lassé de mentir à l’autre et sans doute aussi à lui-même.

La suite du texte est une répétition des trois premier couplets et du premier refrain.

En effet, dans le dernier refrain Alain Bashung Reprend la phrase  » Je m’en lave les mains « . Il essaie néanmoins de se déculpabiliser de toute cette histoire.

Le clip – chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

Le clip que vous pouvez visionner ici, semble corroborer l’analyse relationnelle que je fais dans cet article. On voit Allain Bashung derrière une fenêtre, dans une salle de bains qui semble faire partie d’un lieu de passe.

On reste dans l’idée de l’histoire d’eau.

J’ai fait l’amour à des murènes prend le sens de faire l’amour à des filles de joie ( on voit un échange d’argent ).

Il y a un projection universelle via ce clip du plaisir  » coupable  » et des problèmes qu’ils peuvent engendrer.

A la fin du clip, on voit Allain Bashug sur la scène, la nuit. Peut-être que sa maîtresse est le public devant lequel il joue tous les soirs.

Ce qui est assez incroyable, c’est qu’Alain Bashung tourne le clip de cette chanson à propos d’une rupture et qu’en même il rencontre la personne qui sera sa nouvelle épouse, Chloé Mons, à ce moment-là. Un beau coup du destin.

Le mot de la fin – chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

J’essaie de diversifier les analyses dans mes articles « chansons d’auteurs et d’auteures francophones ». J’aurais encore pu développer beaucoup de choses dans cette chanson, comme l’analyse de la musique par exemple mais j’essaie de développer d’autres points de vue au fil des articles.

Pour découvrir d’autres points d’étude, je vous invite à cliquer également sur les liens qui se trouvent sur ma page articles.

Avez-vous aimé cette analyse ? La trouvez-vous probable ? Trouvez-vous d’autres points remarquables ? Avez-vous les réponses aux questions que je me pose le longe de cet article ? Quel est votre point de vue ? Que pensez-vous de cette chanson ? Dites-moi tout dans un commentaire en bas de cette page et n’hésitez pas à vous abonner pour être tenu au courant des prochains articles.

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2 thoughts on “Chansons d’auteurs francophones : La nuit je mens d’Alain Bashung

  1. Guillaume says:

    Quel boulot d’analyse, bravo Guillaume de Lophem!! Je ne savais pas l’histoire de la résistance. Ce texte est magnifique, cette chanson est géniale. Bashung est un de ceux chez qui j’ai eu du mal de rentrer au départ. Parce que, effectivement, j’avais le préjugé « une chanson française, je dois la comprendre ». Et puis cette musicalité s’est installée. C’est une chanson envoûtante.

    De plus en plus, je préfère les chansons elliptiques, je n’aime pas les choses trop « directes ». Je n’ai jamais aimé, mais je me rends compte qu’on a bien besoin de poésie, de fantaisie… militaire 😉.

    Moi-même, quand j’écris, dans les albums les plus récents, je suis conscient d’être de plus en plus obscur, on me l’a déjà dit 😂 (sauf quand c’est pour les enfants… enfin, et encore…). Genre: « mais dis, je suis peut-être con, mais de quoi tu parles ? »

    C’est bien un problème francophone: nous sommes trop cartésiens. Les anglophones ne sont pas ainsi: ils pensent son avant sens. C’est ce que font FAuque et Bashung ici. Ce texte évoque des images abstraites et on se fait son film. Tu écoutes la chanson de Peter Gabriel « Mercy Street », tu peux aussi faire le même voyage. Une chanson ne doit pas être un reportage, elle doit d’abord nous faire rêver.

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    1. Guillaume de Lophem says:

      Merci Guillaume pour ce beau retour approfondi !

      Pour rebondir sur une partie de ta réflexion, Jean Fauque dans l’interview sur France 2, Vertiges de l’écriture, semble dire qu’Alain Bashung avait décidé, après l’album Novice, d’axer tout sur l’écriture au départ de la création, sans se soucier du son.

      Il est probable qu’il ait été dans cette manière de faire pour l’album Fantaisie Militaire, 10ème album paru en 1998 car l’album Novice, 7ème album, date de 1989.

      Voici le lien pour visionner l’extrait qui n’est que sur FB :

      https://fb.watch/7XrQOJJbMw/

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